À
l'occasion du salon Linux Expo de Paris, qui s'est tenu du 30 janvier
au 1er février 2002 au Cnit, nous avons interrogé
trois acteurs de référence du monde Linux, sur la
pertinence des distributions en boîte: «un mal nécessaire»
mais «absurde».
«Le concept de GNU/Linux sur CD-Rom est absurde», nous
a affirmé sans détour Christophe Le Bars, directeur
technique d'Alcôve, société européenne
spécialisée dans les services pour système
GNU/Linux.
«La distribution
de Linux en boîte est tout simplement l'imitation d'un comportement
inspiré par les logiciels propriétaires, qui n'a
pas lieu d'être avec le logiciel libre, ce dernier est disponible
en totalité sur internet, qui plus est gratuitement»,
poursuit le responsable.
«Il y a certes un intérêt pratique pour le
grand public, mais pas pour les entreprises, la vraie valeur ajoutée
du logiciel libre est de ne pas être figé afin de
s'adapter à tous les cas de figure et d'être mis
à jour régulièrement.»
Un outil marketing pour Red Hat
Pour Red Hat, l'un
des premiers distributeurs mondiaux de systèmes d'exploitation
à base de noyau Linux, la boîte «est un mal
nécessaire», explique Franz Meyer, directeur pour
l'Europe du sud. «80% de notre chiffre d'affaires est réalisé
sur les services à destination des entreprises, à
savoir le support technique, la formation et le conseil. En revanche,
la commercialisation de boîtes, avec CD-Rom et documentation
papier, est une activité à très faible marge,
voire à perte.»
La boîte serait-elle
donc inutile? «Non, elle a une importance marketing dont
on ne peut se passer», commente Franz Meyer. «Elle
permet de nous faire connaître auprès du grand public,
qui ensuite est un fort vecteur de promotion en entreprise; la
boîte permet de véhiculer l'image de Red Hat, c'est
un outil de notoriété et de communication.»
Et de conclure que «la distribution n'est en aucun cas la
base d'un modèle économique viable». Un message
directement adressé à Mandrake Soft, distributeur
français, qui a pour l'essentiel basé son activité
sur la vente de boîtes.
Mandrake Soft change aussi son fusil d'épaule
«Aujourd'hui,
nous réalisons 85% de notre chiffre d'affaires sur la vente
de boîtes, notre objectif est désormais d'orienter
notre dynamique de développement vers les services, qui
devraient représenter 40% de notre chiffre d'affaires en
2002 et 50% en 2003», explique Marie-France Souloumi responsable
distribution chez Mandrake Soft.
«Nous n'allons
pas, pour autant, abandonner totalement les boîtes, elles
nous sont utiles pour le marketing. De plus, pour le grand public
elles ont un réel intérêt car elles fournissent
une documentation papier, et les CD-Rom simplifient l'installation;
tout le monde n'a pas de connexion haut débit pour télécharger»,
conclut-elle.