Le
projet de système d'exploitation hybride mariant les environnements
Windows et Linux est "enfin" devenu réalité.
La version d'évaluation est sortie, mais a été
diffusée uniquement à un public restreint. Version
finale attendue d'ici à juin 2002.
La société américaine Lindows.com vient de
sortir la version d'évaluation de LindowsOS, un système
d'exploitation controversé. La jeune pousse californienne,
qui promet de "fusionner" dans un PC les mondes Windows
et Linux, a été créée par Michael
Robertson, le fondateur du site MP3.com.
LindowsOS est un système
hybride basé sur le noyau Linux et sur la technologie WINE,
fruit d'un travail collaboratif entre développeurs GNU/Linux,
qui est censé permettre de faire tourner des applications
Windows sous Linux.
La société a mis à disposition, auprès
d'un nombre limité d'abonnés à sa newsletter,
un CD contenant la version d'évaluation de LindowsOS. Le
site web NewsForge en a obtenu une copie et a publié les
commentaires de testeurs. Il s'agit d'une version d'évalutation
non finalisée, comme l'indique Robertson, mais qui donne
selon lui une bonne idée de la direction prise par Lindows.
LindowsOS s'installe
très facilement depuis Windows. À la différence
des distributions Linux, l'installation est automatique, sans
intervention de l'utilisateur, et dure moins de 10 minutes, selon
des testeurs. Robertson indique dans un communiqué que
tous les programmes ne fonctionneront pas bien, même avec
la version finale de l'OS, «l'accent étant mis sur
les applications de productivité [logiciels de bureautique
ou de communication comme Word et Explorer, Ndlr] qui, elles,
tourneront sans problème à ce stade.»
Mais qui seront les utilisateurs de LindowsOS?
Certaines décisions
concernant la conception de Lindows suscitent des questions parmi
les adeptes du monde Linux. À titre d'exemple, Lindows
supprime la notion d'utilisateurs multiples, familière
aux utilisateurs de systèmes GNU/Linux (comme à
ceux de Windows 2000, Windows XP et Mac OS X). Sous Lindows, tout
se fait en mode Administrateur, ou "root". Or faire
tourner des applications sous un autre compte utilisateur peut
poser des problèmes. Par ailleurs, un testeur a signalé
que les virus s'attaquant à l'application Outlook, qu'il
a pu lancer sous Lindows, étaient capable de s'activer
dans cet environnement.
En testant la version
d'évaluation de Lindows, une grande partie des fans de
logiciels libres qui ont témoigné sur NewsForge
se sont demandés à qui se destinait l'OS. Par exemple,
ils soulignent que LindowsOS ne semble pas suffisamment simple
à utiliser pour les habitués de Windows. Robertson
leur a répondu que la version finale, dont la sortie est
prévue d'ici à la fin du premier semestre 2002,
sera nettement différente. «LindowsOS n'est pas encore
prêt pour un usage quotidien sur un ordinateur de bureau,
mais nous espérons que cette version d'évaluation
montre clairement qu'il ne s'agit pas d'un OS fantôme»,
a-t-il ajouté.
Lindows sera sans doute
confronté à d'autres difficultés, notamment
d'ordre technique. Selon l'analyste Dan Kusnetzky de chez IDC,
«Il y a fort à parier que Microsoft n'offrira pas
ses prestations d'aide aux utilisateurs utilisant Office sous
Linux/WINE, que ces applications fonctionnent ou pas», affirme-t-il.
Et d'ajouter qu'«il est probable que d'autres éditeurs
adopteront la même politique». Microsoft a d'ailleurs
poursuivi Lindows à cause de la marque déposée
"LindowsOS", l'accusant de violer l'appellation commerciale
Windows.
Selon Kusnetzky, un
grand nombre d'utilisateurs éviteront sans doute Lindows
s'ils ont à le télécharger et à l'installer
eux-mêmes. Un argument de plus renforçant l'idée
que cet OS hybride, s'il veut arriver à percer, doit être
présent dans le commerce en tant que système pré-installé
dans les PC, un terrain où les distributions GNU/Linux
n'ont pas encore réussi à s'imposer.