La
refonte de la loi "informatique et libertés"
de 1978 accorde davantage de pouvoirs de contrôle a posteriori
pour la Cnil. Elle prévoit de nouvelles dispositions sur
les cookies et la videosurveillance mais rejette le principe de
l'opt-in.
L'Assemblée nationale a adoptée mercredi 30 janvier
en première lecture un projet de loi modifiant, l'antique
mais pionnière, loi de 1978 sur le traitement des données
à caractère personnel, qui a été à
l'origine de la Cnil (Commission nationale de l'informatique et
des libertés). Ce travail parlementaire arrive avec trois
ans de retard, puisque ce projet de loi doit transposer en droit
français une directive européenne de 1995 qui aurait
dû l'être en 1998... Paradoxe: les députés
s'en sont saisi alors qu'elle n'a aucune chance d'être promulguée
avant la fin de la législature, qui se termine le 22 février,
élections obligent.
La première
mesure d'importance de ce texte est de soustraire formellement
au visa de la Cnil la constitution de fichiers administratifs
dits de "souveraineté", c'est-à-dire les
traitements nominatifs «intéressant la sûreté
de l'État, la défense, la sécurité
publique ou la répression pénale, ainsi que les
fichiers utilisant le numéro [de sécurité
sociale, Ndlr] ou portant sur la quasi-totalité de la population»
(lire notre article à ce sujet).
Sanctions administratives, pécunières et pénales
La Commission disposera
toutefois de plus de pouvoirs a posteriori, pour les fichiers
commerciaux et autres fichiers publics "sensibles" (santé,
opinions, religions, origines ethniques, etc.). «En général,
cette réforme apporte deux principaux changements»,
explique Thierry Jarlet, responsable de la communication de la
Cnil. «Notre contrôle a priori est simplifié,
par des procédures de déclaration moins lourdes,
mais en revanche notre mission a posteriori va être plus
importante, grâce aux nouveaux moyens de sanction dont nous
disposerons. Cela donne plus d'intérêt à notre
mission, c'est évident, mais impossible maintenant d'estimer
si cela va nécessiter plus de temps et de travail...»
La Cnil va disposer
d'abord d'un pouvoir de sanction administrative, pouvant mener
à la destruction pure et simple d'un fichier illégal.
Sanction pécunière ensuite: la Cnil sera désormais
capable d'infliger des amendes aux contrevenants. Fixé
au départ à 150000 euros, le plafond a été
porté à 1,5 million d'euros, s'alignant sur les
statuts du Conseil de la concurrence. Enfin, des sanctions pénales:
aujourd'hui, la Cnil dispose d'un pouvoir d'enquête mais
ses constatations ne peuvent donner lieu qu'à un avertissement
ou à une dénonciation au Parquet. En application
de ses nouvelles attributions, la Cnil pourra accéder à
tout local professionnel pour mener des vérifications et
recourir, au besoin, à une autorisation judiciaire en cas
d'opposition du propriétaire des lieux, avec ensuite mise
en demeure du responsable pouvant conduire à des amendes.
Une vingtaine de plaintes en 24 ans
Espérons que
ces pratiques soient réalisables en termes de volonté
politique comme de fonctionnement interne. En 24 ans d'existence,
la Cnil n'a en effet transmis qu'une vingtaine de plaintes au
Parquet. Ses moyens humains sont limités (74 employés
en tout à ce jour, 77 prévus à la fin 2002,
dont une cinquantaine seulement de juristes et d'agents enquêteurs)
et son budget de fonctionnement est passé de 4,9 millions
d'euros (32 millions de francs) en 2000 à 5,8 millions
en 2001, pour atteindre 7,2 millions cette année (40 millions
de francs).
Outre la réforme
de la Cnil, l'Assemblée nationale a adopté d'autres
dispositions:
Opt-in/opt-out: actuellement, la loi permet à quiconque
d'être retiré d'un fichier sur simple demande (opt-out).
Le député Patrice Martin-Lalande a déposé
un amendement pour imposer le principe de l'opt-in (accord préalable
obligatoire pour être dans un fichier), qui a été
rejeté en première lecture.
Principe fondateur: un amendement a été adopté
pour affirmer plus clairement le principe selon lequel, «aucune
décision ne peut être prise sur le seul fondement
d'un traitement automatisé de données destiné
à définir le profil de l'intéressé
ou à évaluer certains aspects de sa personnalité».
Information des personnes fichées: en plus des mentions
légales actuelles (identité du responsable, finalité
du traitement, mention des droits d'accès et de rectification),
une personne fichée devra être informée des
destinataires ou de la catégorie des destinataires de ces
données, mais non de leur identité comme le prévoyait
le projet de loi.
Cookie et spyware: un amendement a été adopté
pour tenir compte de la directive européenne en cours de
rédaction; «stocker ou obtenir un accès à
des informations situées dans l'équipement terminal
d'un abonné» doit se faire après son accord;
les simples cookies visant à faciliter l'accès d'un
internaute à un service de son choix ne sont pas concernés;
mais tout spyware indésiré pourra valoir à
son auteur ou responsable jusqu'à 5 ans de prison et 300000
euros d'amende.
Vidéosurveillance: depuis une loi de 1995, la Cnil n'est
plus compétente pour autoriser ou non les systèmes
de vidéosurveillance de certains lieux publics ou ouverts
au public (comme un centre commercial). La compétence de
la Cnil est engagée pour tout espace privé et tout
espace public ou privé seulement si le dispositif permet
d'enregistrer les images pour constituer des «fichiers structurés»
(recherche et reconnaissance faciale, par exemple). Par ailleurs,
le gouvernement remettra chaque année à la Cnil
un rapport sur l'application de cette loi de 1995. Aujourd'hui,
les autorisations passent par une commission départementale
sous l'autorité du préfet, sans aucune obligation
de recensement et d'information pour les citoyens.